Texte de Pierre Leveau

Frédéric Hannon est céramiste. Un commercial vous dirait que son art est d’inspiration japonisant et qu’il se fonde sur une connaissance authentique des pratiques traditionnellement liées à la spiritualité zen. Tout cela est vrai. Mais l’important est de comprendre comment il est devenu ce qu’il est, si l’on veut savoir ce qu’il fait.

Il fait partie de ces artistes pour qui l’art est une pratique et un mode de vie bien avant d’être une technique et un savoir-faire. C’est pour cette raison que ses œuvres sont à son image, simples et sans illusions, comme les miroirs épurés d’une pensée qui dit que la terre est la seule réalité. La vie peut se couper en tranches de Curriculum Vitae. Mais on ne la saisie que si l’on voit dans ses éclats les coups d’un burin sculptant une âme, une statue intérieure. L’être est l’œuvre. S’il est céramiste, c’est parce qu’il a découvert le zen avant d’être ébéniste, puis qu’il a fabriqué des enceintes acoustiques : pas de désordre, mais un chemin continu qui est celui de la découverte de soi et de la nécessité intérieure. La vie passe par là : le souffle, le bois, le son dont ses œuvres portent les traces. Ce sont celles des années d’apprentissage qui mènent à la terre. Rien que la terre, qu’impressionne le bois d’un souffle continu. Rien que la terre, car il faut s’en tenir là : à l’élémentaire. La terre se suffit à elle-même, sans au-delà. L’art est de le montrer pour que chacun sache en la regardant qui il est et d’où il vient.

Frédéric Hannon est céramiste, ce qui veut dire que son art ne se sépare pas de sa vie : celle d’un homme qui a dû apprendre à se satisfaire du nécessaire, en éliminant de lui comme de ses œuvres tout le superflu, pour s’en tenir à l’essentiel. Cela s’appelle la liberté. C’est le principe de la création et les œuvres qu’il nous livre témoignent de ce voyage.

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