Terre engobée émaillée - Cuisson 2000 - (60 x 36 cm)

Température de cuisson 980°

La montagne est la voie de la création, de la hauteur et de l'élévation. Elle nous fait face, immense, et se dresse devant nous, abrupte. Elle surgit de la terre, monte et descend. C'est un sommet, l'effet d'une poussé, la manifestation visible d'une force qui vient du centre de la terre, de ses entrailles. La montagne est en ce sens la manifestation du Ki, concept omniprésent dans les spiritualités extrême orientales. Le Ki est l'énergie, le centre de gravité, le point fixe et dynamique à partir duquel effectuer une poussée ; c'est le souffle, l'esprit. La plaque que l'on voit ici, où pousse une montagne, en est l'allégorie.

Réfléchissons : la terre est comme un ventre, au centre duquel est l'énergie. Les plaques qui forment l'écorce de l'une sont le diaphragme de l'autre, qui permet de comprimer le souffle dans les entrailles. Il s'agit de concentrer l'énergie, de rassembler ses esprits, car il n'est pas d'expression sans pression, ni d'ascension sans poussée. La montagne a deux flancs ou côtés, qui montent et descendent, comme l'abdomen monte et descend dans la respiration où l'expiration suit l'inspiration. La montagne nous livre ainsi le secret de la création, qui est le rythme de la respiration. Si la forme est impressionnante, c'est parce qu'elle est expressive, c'est-à-dire tracée sur l'expiration, qui comprime et diffuse le souffle de l'inspiration : la forme se trace d'un souffle, unique, et en conserve l'empreinte, qui est celle de l'esprit, du Ki invisible mais réel. Qui sait si la nature elle-même ne procède pas ainsi, par élévation et poussée ? Il se peut que la plaque que nous voyons ici nous la rende transparente. Qui peut en effet nous dire ce qu'est la création, si ce n'est son sommet ? « La montagne ».

P.L.