
La pièce que l'on découvre ici est une plaque de terre cuite, gravée et enfumée. C'est la plus sobre expression de la création qui met en image le cycle de la nature. La feu a tout consumé : la terre, le décor, jusqu'aux outils de la création. Souvenons-nous qu'il a une signification spirituelle et morale. C'est l'élément purificateur qui met les choses à nu et nous en découvre la valeur. Il consume le voile de l'apparence et ne laisse que l'essentiel. Sa destruction est une révélation. Il épure. La fumée est l'effet de cette mise à nu qui nous livre l'essence des choses et de leur apparence. Le décore visible, la forme de la chose, son individualité aux contours bien définis part en fumée et se donne pour ce qu'il est. Tout cela n'est que fumée, poudre aux yeux, voile de l'être et du vrai. L'enfumage en révèle alors la vérité.
C'est l'inverse de la cuisson : la vapeur d'eau et la fumée ne se dégagent plus de la terre, mais s'y déposent au contraire et la recouvre. La fumée change de sens dans l'enfumage, parcourt un cycle et revient d'où elle est venue en passant de la profondeur à la surface. Elle s'expose, se présente, et nous livre l'essence de l'apparence. Si le décor est parti en fumée, c'est parce qu'il n'est en vérité que fumée. De la cuisson à l'enfumage, le feu a tout consumé. Il n'a laissé sur la plaque que l'essentiel, c'est-à-dire lui-même comme seul instrument de la création, la terre ou le réel, et la fumée comme voile de l'apparence qui en dévoile aussi l'essence. L'enfumage est alors l'accomplissement des arts du feu, qui nous livrent une épure de la nature. Qui peut donc dire la vérité du monde ? Il serait étonnant que ce soit une plaque de terre sur laquelle la fumée s'est déposée. Mais qui sait ce qu'il faut voir dans une œuvre d'art ? « La fumée ».
P. L.
Terre enfumée Cuisson 2000 (63 x 33 cm)
Température de cuisson 980°