La vague est l'expression du principe d'impermanence, qui parcourt toute la spiritualité et l'esthétique Zen. Il n'est rien de permanent, si ce n'est le changement, et il n'est d'être que du devenir.
Les individus, les formes fixes aux contours bien définis, sont les mailles du voile de l'illusion au travers duquel nous percevons le monde. Il nous faut soulever ce voile pour découvrir la vérité et la vague est ce soulèvement de l'apparence qui nous laisse entrevoir le vrai. La vérité est dans le vague qui n'est pas l'imprécision, mais le mouvement, le changement, le devenir des formes et la métamorphose continue des êtres. Cette plaque n'est donc pas une vague. Le principe d'impermanence qu'elle exprime l'a emporté. Les éléments se sont transformés. Cette vague est en réalité une montagne, qui se meut très vite, comme une montagne est une vague, dont le mouvement est infiniment lent ; l'écume de l'une, accompagnée d'embruns, est la crête enneigée de l'autre, cernée par les nuages.
Mais la vérité est que montage ou vague, tout cela n'est qu'un jeu d'illusion, une projection de notre ego, de nos désirs et de nos fantasmes. Ce n'est en vérité qu'un peu de terre, mêlée de chamotte, couverte de silice. Ce n'est donc pas grand chose : pas de quoi faire des vagues ni toute une montage. Mais il se peut aussi que cette terre là ait pour propriété étrange de nous donner à voir la vérité du monde. Qui sait ? Ce serait, il est vrai, étonnant. Mais qui sait encore ce que c'est qu'une œuvre d'art ? « La vague ».
P. L.

LA VAGUE 1998 (56 x 40 cm)
Terre engobée, recouverte d'une couverte transparente.