La peinture extrême-orientale est un vaste domaine qui par sa durée, son expansion géographique, la variété de ses styles et de ses techniques occupe un espace de connaissance gigantesque. Nous ne nous intéresserons sur ce site qu'à ses deux principaux avatars représentatifs des deux sensibilités majeures de l'Extrême-Orient, les sensibilités chinoise et japonaise. De plus nous limiterons notre propos à une technique, celle du lavis d'encre. Malgré cela l'ampleur du sujet est telle qu'il est impossible d'être exhaustif et d'éviter des simplifications par trop réductrices, d'autant plus que mon approche ne sera pas celle de l'érudit ou de l'historien, mais celle du pratiquant.
Le sumi-e, qui signifie littéralement peinture à l'encre en japonais trouve son origine dans la peinture chinoise et fut introduit au 14e siècle au Japon par des lettrés et des moines japonais au retour de leur périple initiatique en Chine, puissance culturelle dominante de cette époque.
L'origine de cet art est incontestablement chinoise, mais sur la voie de l'encre la peinture japonaise le « sumi-e » est loin d'être un épiphénomène de sa grande sœur chinoise, il en est le prolongement et d'une certaine manière un aboutissement. Comme pour le thé les japonais ont marqué de leur emprunte particulière cet art qui est rapidement devenu une forme d'expression artistique emblématique du bouddhisme zen, transposition du T'chan chinois, spiritualité axée sur la concentration, le détachement et l'autodiscipline.
Les thèmes, les techniques et le matériel sont semblables ; ces deux variantes chinoise et japonaise ont pour base la pratique de la calligraphie, finalement seule diffère la sensibilité propre à chaque peuple et l'approche mentale du processus créatif. Pour les japonais le voyage en lui-même semble plus important que la destination.

L'encre de Chine est ancienne, opaque et noire mais donne ses « mille couleurs » à l'eau transparente puis s'agrippe aux pores du papier comme l'unique preuve de son passage, fine, légère et difficile à maîtriser, elle convient à l'artiste solitaire pour la capture de ses impressions, elle communique l'esprit du peintre au spectateur qui se laisse emporter.
Philippe Koutouzis
New York, septembre 1999