Lors de l'introduction de la peinture chinoise à l'encre au Japon, les artistes japonais se lancèrent dans une phase d'imitation, un premier courant se dessina le Kanga (style chinois) qui produisit des peintures de paysage à la chinoise. Sous l'influence des moines Zen une sensibilité différente vit le jour. La finalité de la pratique de la peinture n'étant plus uniquement de produire une œuvre graphique, mais surtout de travailler sur soi en se détachant du résultat.

L'adage « Izen hitsugo » soit « D'abord l'esprit, ensuite le pinceau », est là pour rappeler que le sumi-e ne peut effectivement pas être restreint à une simple technique picturale, mais est avant tout pour ses adeptes engagés sur la voie de l'encre et du pinceau, une méditation dont les finalités au-delà de l'expression graphique sont la connaissance de soi, la maîtrise du mental et le contrôle du Ki (énergie vitale - Chi en chinois). La peinture étant alors perçue comme une méditation du corps englobant la totalité de l'être, au cours de laquelle au-delà de toute dualité la main du peintre devient elle-même pinceau, et c'est spontanément, naturellement, comme un fruit qui se détache de l'arbre arrivé à maturité, que le processus créatif se produit, la nouvelle entité main-pinceau entamant alors sa danse irréversible sur l'espace blanc du papier. Une danse sans hésitation, sans repentir… reflet de l'expression mentale du pratiquant.

De cette perception particulière naquit la peinture japonaise à l'encre, le sumi-e. Les peintres libérés d'une tradition riche mais paralysante purent explorer de nombreuses voies en laissant libre cours à leur créativité. Ils développèrent et généralisèrent des aspects déjà explorés par les peintres chinois ou innovèrent en totale liberté.

Au niveau technique le dessin au trait linéaire tend à disparaître au profit de larges aplats d'encre, le pinceau étant employé couché et chargé en même temps de plusieurs nuances d'encre. Ce style « sans os » Mokkotsu était déjà connu et employé en Chine, mais il n'avait pas la préférence des peintres. Le réseau de rides utilisé pour peindre les montagnes jusqu'alors est remplacé par quelques coups de pinceau dans une nouvelle sensibilité plus minimaliste et expressive.

Ces nouveaux styles haboku (encre brisée) et hatsuboku (encre éclaboussée) qui flirtent avec l'abstraction se répandent largement. En fait la plupart des peintres mélangent dans leur travail des éléments anciens et nouveaux ; la tradition et la filiation n'est pas reniée mais la palette des choix techniques est maintenant plus vaste et plus libre.

 

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