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Selon Shi Tao (1642--env. 1718), "La peinture obéit à l'encre, l'encre obéit au pinceau; le pinceau obéit au poignet du peintre et le poignet du peintre obéit au cœur du peintre."

Dans la pensée chinoise le fait de peindre n'est pas un acte sans portée, au contraire la peinture est étroitement liée à des concepts de sagesse et de moralité. Seul celui qui maîtrise son cœur et son esprit (un seul et même caractère est employé, c'est « Shin » cœur-esprit) pourra reproduire la réalité et la vie sur sa feuille de papier, mais ce ne sera pas par un processus de copie, ce sera par une recréation. En effet pour peindre il ne s'agit pas de recopier passivement la nature, mais de l'étudier profondément, de devenir intime avec sa structure et son rythme, de s'en pénétrer totalement afin de pouvoir créer selon ses lois. La peinture ne vise pas à être un simple objet esthétique ; elle tend à devenir un microcosme recréant, à la manière du macrocosme, un espace ouvert où la vraie vie est possible.

A l'époque des Song (860--1279) Zhang Huai écrit dans son traité sur la peinture:

"En se conformant aux lois de la nature, un artiste peut perfectionner sa création. En agissant contrairement, il ne peut refléter la vraie nature d'un objet... Si elle est en accord avec les lois de la nature, capable de refléter son charme subtil, une peinture, bien qu'exécutée avec simplicité, sera vivante, et manifestera son propre souffle de vie."

Peindre revient finalement à rechercher la sagesse, le peintre doit abandonner son égo pour ne faire qu'un avec la nature et suivre la Voie, le Tao...

C'est pourquoi à l'époque des Tang Zhang Yanyuan a dit en parlant du peintre: "

En se perdant dans la contemplation, il appréhendera totalement la nature, s'oubliera lui-même ainsi que l'objet, et il rejettera les traits extérieurs ainsi que la conscience même de ces traits. "

Les taoïstes passionnés par les mystères de la vie, se sont très vite penchés sur le problème de l'énergie vitale et de sa circulation à travers le corps ; c'est de cette intérêt que découle l'acupuncture, le Chi kung et les diverses méditations énergétiques. Le fruit de cette recherche est devenu l'une des préoccupations centrales de la peinture, comment transmettre le souffle vital ?

La réponse est double, en premier lieu pour avoir un geste naturel sans entrave et laisser l'énergie circuler librement, le peintre doit se libérer de toutes les tensions mentales, émotionnelles et physiques. Le mouvement du poignet et du bras doit être fluide, le corps bien droit pour favoriser une bonne respiration. La recherche du geste juste, de l'attitude parfaite dénuée de toute tension afin de coller à l'instant présent est tout à fait identique à la démarche des pratiquants d'arts martiaux.

En second lieu la réponse est d'ordre technique, la structure même des objets est comparable aux méridiens d'acupuncture dans lesquels circule l'énergie, pour "engendrer et animer le souffle rythmique" il convient de créer des axes de circulation de l'énergie à travers la peinture à l'aide des traits de pinceau. Cette vision est particulièrement développée dans la peinture de paysage où une multitude de traits différents ont vu le jour afin de représenter les structures et textures des différents rochers et montagnes.

Le trait de pinceau est une notion fondamentale dans la peinture chinoise, en effet la nature du trait est une réflexion récurrente chez des artistes élevés dans une tradition calligraphique au sein de laquelle donner vie aux traits est une obsession permanente. En calligraphie l'exécution d'une œuvre est instantanée et rythmique sans la moindre possibilité de repentir, ce n'est que du rythme, de la qualité du trait et de sa plénitude que vient la vie.

Fondamentalement la forme dans la peinture chinoise est définie par le trait, le peintre accorde un rôle de premier plan au pinceau qui dessine la structure, l'ossature. Ensuite les nuances de l'encre appliquée en lavis permettent de différencier les zones d'ombre et de lumière, respectivement Yin et Yang ; il s'agit alors de la chair. On dit d'un peintre qui arrivé au sommet de son art maîtrise la technique, qu'il a "le pinceau et l'encre".