
C'est sur la pierre à encre «Yan» en chinois et «Suzuri» en japonais que se prépare l'encre par le frottement d'un bâtonnet d'encre solide mélangé à un peu d'eau. Hormis les pierres d'écoliers et les pierres courantes pour débutants issues de gisements de surface, les pierres sont extraites de gisements rares et profonds; aussi la pierre à encre est généralement un objet précieux véritable trésor familial pour les connaisseurs, d'autant plus que selon la tradition chinoise les pierres de qualité se doivent d'être dotées d'un riche décor sculpté.
La qualité première d'une pierre est liée sa texture : trop lisse elle n'accroche pas le bâton d'encre, la préparation de l'encre devient alors longue et fastidieuse, et inversement trop rugueuse le broyage est incomplet et l'encre grossière constituée de particules insuffisamment broyées sera sans nuances.
La qualité seconde d'une pierre est sa parfaite imperméabilité, sa faculté à restreindre l'évaporation de façon que l'encre fraîche demeure à la disposition du peintre le plus longtemps possible. Les pierres trop poreuses sont donc à bannir.
Bien qu'il y ait aussi au Japon des pierres de qualité, notamment près d'Hiroshima les plus réputées restent cependant chinoises et sont originaires de la région de Duanzhou. La célèbre pierre de Duan s'extrait de mines creusées à la base de pitons schisteux entourés d'eau à Zhaoqing (autrefois Duanzhou). La dureté extrême de la roche a toujours rendu le travail difficile, voire dangereux : entrée des couloirs pas plus large que des épaules d'homme, éclairage parcimonieux pour éviter de surchauffer la fouille, extraction autorisée seulement par les basses eaux; au fil de l'histoire de nombreux mineurs de Duanzhou se sont noyés lors de crues imprévues.
Après emploi les pierres doivent être nettoyées et rincées à l'eau froide. Par tradition on évite de les laisser à la lumière du soleil, elles appartiennent au monde obscur des profondeurs, et c'est pourquoi les belles pierres possèdent souvent un coffret en bois pour les protéger des chocs, de la lumière et de la vulgarité du monde...
ENCRE - MO - SUMI
L'encre de chine est un mélange composé pour moitié de suie et pour moitié de colle, dans lequel quelques ingrédients secondaires assurent le liant et le parfum. La suie provient de la combustion de bois de pins ou d'huile de colza. La colle est à base de corne d'os de buffles ou encore de poisson (écailles de carpes). Le mélange est lié avec du blanc d'œuf et de la résine, puis parfumé avec des mélanges complexes où dominent le musc et le camphre. Il existe de nombreuses variantes pour ces ingrédients : poudre de perles fines, décoction d'hibiscus ou de peau de grenades, corne de rhinocéros, etc. Comme toujours en Extrême-Orient la trame de l'histoire est tressée de rêveries, les fabricants d'encre étant plus des alchimistes que des artisans.
L'essentiel est que le bâton donne un liquide aussi fluide et une teinte aussi dense que possible, définitivement inaltérable. Au cours du marouflage futur et du montage traditionnel sur rouleau, le papier est en effet abondamment mouillé et une encre de qualité garantit la stabilité de l'œuvre au cours de cette opération, ainsi qu'au cours des âges.
Le choix entre les deux combustibles dont l'encre est issue a son importance : l'huile végétale donne un pain plus dur, au son plus cristallin lorsqu'on le fait sonner sur la pierre, et un noir plutôt brillant. Elle est préférée pour la calligraphie tandis que la matité de l'encre «au pin» convient mieux aux aplats de la peinture. Quoi qu'il en soit, la pâte noire est censée être battue «au moins trente mille fois» pour un amalgame parfait, après quoi elle est moulée à sa forme définitive et mise à sécher ; un an au moins à l'air dans la fabrication à l'ancienne, et plus couramment quelque trois mois dans des séchoirs légèrement chauffés.
Le temps du broyage est important. Tandis que le bâton d'encre tourne sur la pierre «ni trop vite, ni trop lentement et que la main n'est ni trop lourde, ni trop légère», on dit du peintre qu'il se rassemble, que son esprit et son poignet se font - se fondent - au geste qui va «comme le faucon qui plonge» poser la première trace sur le papier blanc. C'est un art dans lequel il ne doit y avoir ni hésitation, ni retouche, car aucun repentir n'est possible.
L'originalité du pinceau extrême-oriental vient avant tout de la forme particulière de sa touffe qui permet avec le même pinceau de tracer à la fois de fins traits et de larges aplats.
Il est constitué de poils d'animaux, principalement de chèvre, de belette et de lièvre mais aussi moins souvent de poils de porc, de cheval, de loup, de blaireau ou de martre, parfois de plume de poule, de moustache de tigre ou de cheveux de nouveau-né. Chacune de ces matières premières correspond à un usage ou un style précis, suivant la souplesse et l'élasticité des poils ; il arrive que le fabricant procède à de savants mélanges afin d'obtenir des pinceaux au caractéristiques uniques dans le but de contenter un client particulier.
PAPIER - ZHI - WASHI
Le papier se fabrique essentiellement à partir de pulpe de bois ou de bambou (et pas de riz comme on le croit en Occident). Les artisans font longuement bouillir les fibres qui sont ensuite battues jusqu'à former une pâte, laquelle est diluée dans de grands bacs d'eau claire. Une forme de bambou est plongée dans le mélange, relevée, agitée de lents mouvements de va-et-vient pour répartir également une fine couche de pâte dont s'écoulera ensuite l'eau. Les feuilles sont alors saisies et disposée en piles; ces piles sont pressées, puis chaque feuille est étalée sur un panneau vertical de bois pour le séchage. La face disposée contre le bois deviendra l'endroit.
Le meilleur papier a toujours été celui de Xuanzhou (aujourd'hui Wannan, dans l'Anhui) et la majeure partie de sa production est exportée au Japon, où il n'a jamais pu être imité. Les Japonais produisent malgré tout pour le sumi-e d'excellents papiers appelés gasenshi.
Le papier chinois Xuan (se prononce chuan) existe en de très nombreux grammages et mélanges, ainsi qu'en trois formats. La variété la plus connue se nomme Danxuan (une seule couche), papier de 25 grammes très poreux et absorbant, d'une taille de 69 x 138 cm. Il est également produit en double couche (Shuangxuan, ou Jiagongzhi) ou en triple couche.
Les papiers utilisés en peinture sont extrêmement absorbants comme des papiers buvards, et sont très fins. Après la peinture ils doivent être marouflés pour retrouver un aspect présentable. Le marouflage consiste à coller une ou deux épaisseurs de papier au dos de la peinture, afin de l'aplanir et de la rigidifier. Au cours du marouflage la peinture est mouillée d'où l'extrême nécessité de peindre avec une encre de grande qualité qui puisse demeurer stable malgré de nombreuses et inévitables manipulations.


La signature d'une œuvre est traditionnellement accompagnée du sceau de l'artiste qui l'authentifie. En fait une œuvre porte souvent plusieurs sceaux ; le nom de famille, le pseudo et bien souvent un troisième sceau qui comporte un adage traditionnel, un concept bouddhique ou encore un vers extrait d'un poème.
Les sceaux chinois sont principalement gravés dans des pierres tendres ou dans du jade, mais on en trouve parfois en bambou, en bois, en fonte ou en céramique. Les Japonais utilisent le plus souvent du bois.
Les sceaux sont selon la tradition gravés en creux ou en relief dans un style de caractère archaïque, le sigillaire. Aujourd'hui bien sûr les sceaux sont utilisés avec plus de liberté, ce qui peut donner lieu à une recherche créatrice des plus intéressante. La couleur la plus employée pour la pâte à sceau est le rouge vermillon et le noir ou le bleu pour les moines Zen, mais il existe d'autres couleurs pour les artistes contemporains.